
Le vendredi 21 février 2025, O. Samiratou, une femme d'affaires âgée de 30 ans, a comparu devant le Tribunal de grande instance Ouaga 1 pour répondre des faits d'abus de confiance et de blanchiment de capitaux. Elle est accusée d'avoir dissipé une somme de 45 millions 964 mille FCFA, qu’elle devait remettre à S. Mahamadi, un commerçant d’une cinquantaine d’années, et d’avoir injecté cette somme dans deux restaurants, l’un à Accra et l’autre à Ouagadougou. Lors de l’audience, l’accusée a contesté les faits.
L’affaire remonte à 2019, lorsque S. Mahamadi a rencontré O. Samiratou à Accra. À l’époque, S. Mahamadi avait des problèmes avec S. Marcel, un transitaire qui avait disparu après avoir perçu près de 50 millions de FCFA pour faire sortir une centaine de conteneurs du port de Tema. C’est à ce moment-là que la copine de S. Mahamadi a présenté O. Samiratou comme une amie résidant à Accra, susceptible de l’aider à retrouver S. Marcel et récupérer ses conteneurs.
O. Samiratou a expliqué à la barre qu'elle avait activé ses contacts au Ghana, ce qui a permis de retrouver S. Marcel, ce dernier prenant l'engagement de rembourser l’argent par tranche. En attendant, S. Mahamadi est rentré à Ouagadougou et a signé une procuration à O. Samiratou pour qu’elle encaisse l’argent que le transitaire devrait rembourser. Selon l’accusée, un total de 510 000 Ghana Cedis (GC) ont été versés en quatre tranches.
Avant de percevoir ces fonds, O. Samiratou a affirmé avoir informé S. Mahamadi à chaque étape et que ce dernier lui aurait demandé de remettre 2 millions de FCFA à un de ses employés au Ghana. Elle a également révélé avoir utilisé une partie de l’argent pour récompenser ses contacts, expliquant avoir versé 150 000 GC aux policiers ghanéens, 20 000 GC aux avocats, 39 000 GC à l’employé de S. Mahamadi, ainsi que 2 000 GC à un commissaire à la retraite. Elle a également utilisé 9 000 GC pour des frais divers.
Cependant, lorsque le Tribunal lui a demandé si elle possédait des preuves de ces paiements, O. Samiratou a reconnu son absence de preuves et a admis avoir commis une erreur en ne les conservant pas. Quant à la somme restante, elle a affirmé que S. Mahamadi l’avait autorisée à l’utiliser comme bon lui semblait, ce qui a suscité des interrogations de la part du Tribunal, qui a trouvé cette justification illogique.
O. Samiratou a soutenu qu'il existait une relation de confiance entre elle et S. Mahamadi, précisant qu’elle l’avait hébergé lors de son séjour à Accra. Elle a nié avoir acquis des restaurants avec l’argent détourné, assurant qu'elle possédait déjà son restaurant à Accra avant l’affaire et n'avait utilisé qu'une partie de l'argent pour son fonctionnement. Quant au restaurant de Ouagadougou, elle a catégoriquement nié avoir utilisé ces fonds pour le financer.
Une relation de confiance et d'intimité.
« Est-il logique qu’il vous demande de récupérer des fonds et d’en disposer comme vous le souhaitez ? », a interrogé le Tribunal. La prévenue a expliqué qu’il existait entre eux une relation de confiance et d’intimité. Elle a précisé que, lors de son séjour au Ghana, elle l’avait hébergé chez elle pendant une semaine. Elle a nié avoir utilisé l’argent dissipé pour acquérir ses restaurants, soulignant qu’elle possédait déjà un restaurant à Accra avant cette affaire, et qu’elle n’avait utilisé qu’une partie de l’argent pour renforcer son activité. En ce qui concerne son restaurant à Ouagadougou, elle a nié avoir utilisé les fonds pour son fonctionnement. Devant les juges, l’accusée a insisté sur le fait qu’elle n’avait jamais disposé de l’argent sans le consentement de la victime. « C’est lui-même qui m’a dit d’utiliser cet argent », a-t-elle déclaré. Elle a aussi révélé que S. Mahamadi lui faisait la cour, souhaitait l’épouser, et lui avait envoyé une vidéo indécente, qu’elle a présentée sous forme de capture d’écran au Tribunal. Elle a affirmé avoir rejeté les avances de la victime, et a ajouté que, suite à ce refus, cette dernière l’a menacée, en lui disant que, puisque sa demande de traiter avec elle en tant que femme avait échoué, il allait désormais la traiter « comme un homme ».
Dans ses déclarations à la barre, S. Mahamadi a nié avoir autorisé l’accusée à effectuer des dépenses, à l’exception des 2 millions de FCFA remis à son employé. Il a confirmé avoir fait la connaissance de l’accusée par l’entremise de sa copine, lorsque des problèmes avec son transitaire sont survenus. Il a démenti avoir dragué Madame Samiratou, ou lui avoir envoyé une vidéo à caractère pornographique. « Il n’y a rien entre nous », a-t-il répété.
Une affaire similaire...
La partie civile, qui défendait les intérêts de S. Mahamadi, a soutenu que ce dernier n’avait jamais donné une autorisation expresse à l’accusée pour disposer de l’argent. Elle estime que l’infraction d’abus de confiance est donc caractérisée. De plus, la partie civile a rappelé que la prévenue était impliquée dans une affaire similaire devant le Tribunal du commerce, où elle avait été condamnée à payer la somme de 5 millions de FCFA.
Le parquet n’a pas contesté le fait que l’accusée ait perçu l’argent remboursé par le transitaire. Cependant, le procureur a émis des doutes quant à l’intention coupable de la prévenue. Il a indiqué qu’à chaque fois que la prévenue remettait de l’argent, elle en faisait un compte rendu à la victime avec l’aide d’un interprète. « Vu cet élément, si l’accusée avait dissipé l’argent dès le premier versement, la victime aurait pu révoquer la procuration qu’il lui avait donnée. Mais il ne l’a pas fait », a observé le procureur, qui a requis la relaxe de la prévenue au bénéfice du doute. « Si vos relations intimes tournent mal, cela ne vous donne pas le droit de réclamer les biens que vous avez donnés », a averti le procureur à l’endroit de la victime.
Le verdict a été mis en délibéré .
La défense de l’accusée a insisté sur le fait qu’elle n’avait aucune intention coupable, affirmant que S. Mahamadi lui avait donné l'autorisation d'utiliser l’argent perçu comme elle l’entendait. L’avocat a suggéré que la relation personnelle entre les deux parties ait influencé la situation, insinuant que S. Mahamadi, frustré par son rejet amoureux, cherchait à utiliser la justice pour se venger.
La partie civile a demandé la condamnation de l'accusée à rembourser la somme de 45 964 000 FCFA détournée, ainsi que la restitution de 10 millions de FCFA versés en caution pour la liberté provisoire. Elle a aussi demandé que la décision soit assortie d’une exécution provisoire, ainsi que le remboursement de 2 millions de FCFA au titre des frais non compris dans les dépens.
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Le Tribunal a mis son verdict en délibéré pour le 14 mars 2025.
Ahmadou SERIGNE
Zoodomail.com

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