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Réforme du conseil de sécurité de l’ONU : un veto pour l’Afrique ?  14 février
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ZOODOACTU.Depuis plus d’une décennie, la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies est au menu des débats. Pour les Africains, le monde rendra justice au continent noir en « octroyant » au moins deux places de membres permanents au sein du Conseil de sécurité de l’organisation mondiale avec droit de veto.

Rappelons que le Conseil de sécurité est l’un des cinq organes de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Il est composé de quinze membres dont dix membres non permanents et de cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Grande-Bretagne, Chine, France) qui disposent de l’essentiel du pouvoir pour accélérer ou bloquer les décisions portant sur la paix et la sécurité dans le monde.
Les Africains et leurs alliés justifient cette ouverture par le fait que 70% des sujets inscrits à l’ordre du jour du Conseil de sécurité traite de l’Afrique. Il n’est donc pas moralement acceptable que le sort de ce continent se décide en son absence. Ce plaidoyer est porté par l’Afrique à travers une position commune africaine dégagée au sein de l’Union africaine en mars 2005 connue sous l’appellation de « Consensus d’Ezulwini » (http://www.un.org/fr/africa/osaa/pdf/au/cap_screform_2005f.pdf). A travers cette position, « l’objectif de l’Afrique est d’être pleinement représentée dans tous les organes de prise de décisions des Nation s Unies particulièrement au Conseil de Sécurité qui est le principal organe de prise de décision des Nations Unies pour les questions liées à la paix et à la sécurité internationales ». L’Afrique revendique deux sièges permanents et cinq sièges non permanents dont la désignation des pays qui représenteront le continent incombe à l’Union africaine qui définira les critères de sélection.
Cette position commune africaine invite à répondre à la question suivante : « est-ce le veto qui donne le pouvoir ou le pouvoir qui donne le veto ? »

Si la réponse à cette question est que le veto donne le pouvoir, les Africains sont fondés à revendiquer un veto pour l’Afrique. Car chaque entité aspire à la grandeur. Il n’est pas non plus acceptable que quelques puissances se partagent le veto, symbole du pouvoir. La voix des pays africains sur l’élargissement du nombre de sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies se comprend aisément par cette volonté de disposer d’une parcelle de pouvoir et participer aux décisions sur la gouvernance mondiale.
A Bamako en janvier 2017 au Sommet France-Afrique, les chefs d’Etat et de gouvernement africains ont relevé que « tous les continents ont un siège de membre permanent excepté l’Afrique ». Selon Didier Asogba d’afrique.latribune.fr « Dans une déclaration des chefs d’Etat africains publiée à l’issue du sommet Afrique-France de Bamako, les dirigeants africains estiment que le continent devrait être plus représenté au Conseil en vue de jouer un plus grand rôle dans la résolution des conflits à travers le monde. De ce fait, ils exigent une révision de la Charte des Nations Unies afin de permettre à plus d’un milliard d’africains à se faire représenter au sein de ce Conseil par au moins deux pays comme membres permanent avec droit de veto et deux autres pays comme membres non permanent comme l’a demandé l’Union Africaine. »
Si la réponse à la question est que c’est le pouvoir qui donne le veto, alors la position africaine doit être revue et motivée. Le veto est l’expression de la matérialisation de l’école réaliste qui défend que l’action internationale de chaque Etat est basée sur les rapports de force et les intérêts. C’est grâce aux rapports de force qui leur étaient favorables à la fin de la seconde guerre mondiale, que les cinq puissances se sont donné le statut de membres permanents du Conseil de sécurité avec droit de veto. Se fondant sur ses intérêts, la Chine n’est pas favorable à l’octroi du statut de membre permanent avec droit de veto au Japon qui est grande puissance mondiale. Au nom du rapport de force dans la gouvernance mondiale, des pays comme l’Allemagne, l’Inde et le Brésil revendiquent le statut de membres permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies. Les puissances détentrices du veto demeurent méfiantes sur l’augmentation du nombre des membres permanents avec droit de veto. Ils ont peur de la dilution de la puissance que cela provoquerait.
Si l’Union africaine se présente comme la caisse de résonnance de la revendication africaine, elle ne peut prétendre disposer d’un statut de membre permanent avec droit de veto car elle n’est qu’une organisation régionale au même titre que l’Union européenne et bien d’autres organisations régionales. Composée de cinquante-quatre Etats, l’Union africaine a autant d’intérêts nationaux en jeu. Un conflit de leadership s’était déjà manifesté entre les puissances africaines comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte et le Kenya qui pensent être à la hauteur en tant que représentants africains au Conseil de sécurité de l’ONU dotés du statut de membres permanents avec droit de veto.
En face d’autres pays comme le Brésil, l’Inde et l’Allemagne, les candidats africains représentent des poids plumes en face de poids lourds. Si le pouvoir donne le veto, les pays africains doivent œuvrer à renforcer leur puissance afin de s’imposer aux autres nations du monde dans la conquête du statut de membres permanents avec droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Disposer d’un veto est plus qu’une question de justice et de morale, il s’agit d’un mérite.
S’appuyant sur les changements du monde contemporain, les défenseurs de l’élargissement du Conseil de sécurité soutiennent que les réalités de 1945 qui avaient poussé à l’octroi du veto sont révolues. Ils appellent à une reconsidération qui devrait permettre soit la disparition du droit de veto soit son augmentation afin de permettre à de nouvelles puissances de participer aux décisions sur le destin du monde. Dans le fond, les arguments de ces défenseurs sont recevables. Dans la réalité, les puissances détentrices du droit de veto useront du pouvoir qu’elles ont pour s’opposer à tout changement. Il faut un véritable changement de rapports de force pour confisquer le veto à ses détentrices.
Peut-on espérer que ce pouvoir de transformation des rapports de force viendra de l’Afrique ? Des pays africains peuvent-ils rêver d’être les futures puissances du monde afin de changer les règles du jeu ? Le chemin pour y parvenir est-il si simple ? L’évolution de l’Union africaine en un Etat souverain puissant renverserait-il la situation ? Pour le politologue burkinabè, Nicolas Zémané, cité par Ibrahima Bayo Jr d’afrique.latribune.fr, « Le statut de membre permanent ne se revendique pas, on dira que ça se mérite et il faut un contexte historique fort, telle une guerre ou une crise économique ou politique profonde à même de bouleverser l’ordre mondial actuel ».

Zoomb-noogo silmandé, Analyste/IACDI

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