Devant le tribunal
Devant le tribunal : le film d’une évasion spectaculaire à la MACO ...  4 décembre 2017
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ZOODOACTU.Ils sont trois Gardes de sécurité pénitentiaires (GSP) à comparaître devant le Tribunal de grande instance de Ouagadougou ce 4 décembre pour répondre de faits de connivence à évasion. Il s’agit de Bandé A., principal suspect, Tankoan T., et, Bassolé I..

C’est ce 8 juillet dernier que sieur Charles Doannio s’est évadé. L’on se souvient que celui-ci avait été condamné à des peines successives de 36 et 55 mois pour escroquerie envers Tapsoba T. (près de 30 millions FCFA) et S. Mahamoudou (près d’un milliard 100 millions FCFA), ainsi qu’à d’autres peines pécuniaires à honorer. Le verdict a été rendu ce 04 juillet dernier, soit quatre jour après son évasion.

Bassolé explique que c’est la veille du 8 juillet 2017 qu’il a appelé Bandé pour lui expliquer qu’il y avait un détenu qui devait être évacué pour des soins à l’extérieur, et donc c’est celui-ci qui doit s’en charger. Le lendemain, Bandé arrive, et, en compagnie du chauffeur du véhicule habilité à cet effet à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), ils partent, direction la clinique Sandof, comme écrit sur les directives du document sanitaire.

Pour lui, c’était mission accomplie, parce qu’il était chef de poste de piquet (de renfort) ce jour-là et se devait de coordonner les choses.

Mais il se trouve que Bandé, qui devait escorter le détenu à Sandof, s’est fait conduire à l’hôpital St Camille de Ouagadougou. Le chauffeur les dépose donc et revient à la MACO. Bandé explique que là-bas, Charles, le fugitif, lui a demandé d’appeler un de ses amis pour venir honorer les frais médicaux, au cas où le médecin arriverait. Ce qu’il a donc fait comme d’habitude, puisque ce n’était pas la première fois qu’il sortait avec Charles et que c’est la même personne, du nom de T. Robert, qui est chaque fois venu pour les frais en ordonnance. Bandé explique que quand il a fini d’appeler Robert et le médecin tardant à venir, Robert arrive bien avant. Charles lui demande alors de le conduire chez lui à domicile à Saaba, parce qu’il a des produits traditionnels qu’il prend et qui peuvent soigner l’infection urinaire dont il souffre. Bandé ajoute qu’il a effectivement constaté que celui-ci saignait. C’est donc par pitié qu’il a accepté que Robert, l’ami de Charles, les emmènent à Saaba.

Là-bas, on lui sert du thé, qu’il boit et s’assoupit dehors un peu plus tard sous le hall. Peu après, Charles le réveille et lui tend un colis, en lui demandant d’aller croiser quelqu’un à Thanghin, vers l’hôtel Ricardo, et cette personne devait lui remettre de l’argent et des médicaments traditionnels.

Il accepte, et avec Lambert, le frère de Charles, ils s’en vont ensemble sur sa moto 135. Il était 9 h à peu près, en ce temps.

Ils arrivent et attendent en vain. De temps en temps, Bandé appelle Charles pour lui dire que le monsieur en question n’arrive toujours pas. Charles lui répond de patienter toujours, parce qu’il lui a remis le numéro de téléphone de Bandé et dès qu’il sera là, il l’appellera.

Entre-temps, Lambert, le frère de Charles, veut partir parce qu’il a des devoirs à faire. Bandé lui dit de patienter, et lui donne 1OOO FCFA pour prendre un pot en patientant. Après encore une longue attente, ils démarrent pour venir à la case départ à Saaba. Il est ensuite rappelé par Charles qu lui dit de rebrousser chemin parce que le monsieur est arrivé et les attend...

Sauf qu’il n’y aura jamais personne, et, le colis en question qui devait contenir de l’or était du pipeau, parce que dès lors que Bandé et Lambert ont démarré sur la moto, Charles et Robert en ont fait de même, direction la frontière du Ghana voisin où il a réussi à s’échapper et est recherché jusque-là. Et il était 16 heures passées quand ils sont repartis trouver que Charles avait fugué...

Bandé explique que dès leur arrivée et qu’il n’a pas retrouvé le véhicule qui les avait emmené à Saaba garé à la porte, il a paniqué. Ils sont entré ensuite dans la maison et n’ont trouvé que la femme de Charles. Celle-ci lui explique qu’il est sorti avec Robert. Il les appelle, et Charles lui dit de patienter parce qu’il arrive.

Mais il était déjà à la frontière ghanéenne, entre Tiébélé et Navrongo.

C’est à ce moment, soit aux environs de 18 h, que Bassolé, qui devait descendre de garde, se rappelle qu’il a envoyé un détenu pour des soins, mais que celui-ci tardait à venir. C’est là que Bandé lui explique au téléphone qu’il a failli à sa mission. Il lui demande où est-ce qu’il était, et il lui dit qu’il est chez Charles, à domicile à Saaba. Il est conduit par Tankoano, qui connait le domicile en question, et ils se retrouvent devant les faits accomplis. Ils embarquent ensuite la femme de Charles, sur instruction de leur hiérarchie, pour plus d’informations.

Voilà donc comment Charles Doannio a réussi à prendre la poudre d’escampette.

Un fait cependant et non des moindres, il se trouve que Bandé avait l’habitude d’escorter Charles. Il explique que ce n’est pas le première fois qu’il le conduit chez lui à la maison à Saaba, et qu’il a eu tellement confiance en lui qu’il s’est laissé aller. Il reconnait qu’il a outrepassé les directives qui lui ont été données, à savoir aller à la clinique Sandof et reconduire le détenu à la MACO. Mais par humanisme, et vu le comportement de celui-ci qui est d’ailleurs connu à la MACO, parce qu’il vient y jouer aux tournois maracana avec son équipe, il est presque connu de tous.

Il ne s’imaginait donc pas que celui-ci pouvait lui jouer un tour de ce genre.

Concernant le GSP Tankoano, celui-ci est accusé d’être de connivence avec Bandé et Robert. Car dès les premiers instants de la fuite, lui qui était de garde ce jour-là et qui venait de monter, par ailleurs, a conduit Bassolé chez le fugitif. Outre cela, il est ressorti sur son relevé téléphonique qu’il a eu un appel téléphonique avec Robert, le jour de la fugue. Celui-ci ne reconnait pas avoir appelé Robert, malgré ces relevés, mais dit connaitre Robert quand il vient à la MACO pour le solliciter et voir Charles. Ce qui fait qu’il a donc son numéro de téléphone dans son répertoire.

Mais le Procureur reste perplexe et n’y croit pas du tout...

L’Etat burkinabé est assigné aussi en justice dans cette affaire d’évasion. Car les avocats des deux victimes que Charles a grugées estiment que la faute commise par les GSP incombent à l’Etat, qui doit se porter garant des sanctions pécuniaires à l’encontre de Charles. Puisque ce sont des agents de l’Etat qui ont falli à leur mission. Mais Me Guy Hervé Kam, qui représente l’Etat et l’agence judiciaire du trésor, estime qu’en aucun cas, l’Etat est responsable. Car les ordres ont été clairs, mais c’est l’agent qui a choisi de faire autre chose. Donc, l’Etat burkinabé ne peut endosser cette part de responsabilité civile, comme dit par les avocats des victimes de Charles.

Les avocats des GSP ont, pour leur part, fait savoir que bien vrai, Bandé a fauté, mais qu’il ne l’a pas fait pour un gain quelconque. Sinon, il aurait été facile de laisser Charles s’évader dès la clinique, au lieu d’aller jusque chez lui à Saaba et se mettre ainsi dans l’embarras...

Un procès qui a duré plus de 9 heures, et en fin de compte, le procureur a requis contre Bassolé la relaxe au bénéfice du doute, 18 mois contre Tankoano et 36 mois toutes fermes contre Bandé. Le délibéré est pour ce 18 décembre...

Claire Leboeuf

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Il y a 2 commentaire(s) pour cet article

posté le 6 décembre 2017, par Beton

Ils doivent tous purger le nombre d’année qui restait au détenu et on applique strictement sur eux le délit d’initié. Tous leurs biens dont l’acquisition ne pourrait être justifié par leurs salaire, doit purement et simplement être saisie, vendu et reverser dans les caisses de l’état.
Ce n’est que comme ça que l’état pourrait lutter contre l’incivisme et restaurer l’état de droit.
Mais c’est quand même ahurissant et il a même le culot de raconter la bassesse avec laquelle il l’a déposé à la frontière, je dis bien déposé c’est lui qui la déposé à la frontière et personne d’autre.
Mais dans quel pays sommes-nous ? Ton temps d’incarcération est inversement proportionnel à l’argent volé. Et après on s’étonne que les gens se fasse justice. Tchuuuuuurrrrrrrrrrrr. Merde


posté le 6 décembre 2017, par LAICO

Décidément , ce BANDE - là n’a réussi à bander les muscles à aucun moment de cette histoire à la fois rocambolesque et énervant . Comment un geôlier peut-il se transformer en garçon de courses , au vrai sens du terme pour son prisonnier ? Pourquoi ? Difficile de comprendre comment ce fameux douanier .. pardon Doanio a pu faire une telle nique à ce bandé , même s’il est évident que qu’il avait une ascendance psychique sur ce dernier .


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